En 2017, un chanteur à la voix magnifique m'a demandé de faire deux chansons, genre talking blues-rap !

Elles ont été enregistrées, mais jamais publiées : je m'étais disputé entretemps avec ce bulldozer, cet énergumène monstrueux.

 

L'Etranger d'Alsace

Sitôt que votre souffle a rempli le berger,

Les hommes se sont dits : "Il nous est étranger".

(...)

(Alfred de VIGNY)

 

Les hommes se sont dits : "Il est étranger"

A peine qu'il est né

Il est bizarre, ce gars. Y dit rien. Il est pas comme nous :

A peine rempli du souffle de Dieu, il était fou

Il est pas bien cuit, il est frappé

Et en plus, il est berger !

Il est catholique dans sa tête

- Il est peut-être pas bête !

Un zeppelin plane entre ses oreilles

Ca vrombit comme un essaim d'abeilles

Il est peut-être colmarien, ce gamin

Ou comme Jimi Hendrix, le fameux flûtiste martien,

Il vient de Mars, il a dit ; de Mars !

Il sait pas ce qu'il veut, il le dit pas

Il a ce qu'il ne veut pas et il n'a pas ce qu'il veut.

Enfin on sait pas : il dit rien.

Parfois trois mots de patois - ça ressemble à du danois

Il est étranger, alien. Aliéné, the Lion.

Comme ce brûlé aux cheveux en serpillière

Complètement estranger, le rastaquouère

Une sorte, cet homme,

de Bourguignon de l'Yonne

Il doit fumer du cerfeuil, ce maboule, comme Bob

Mahbul, ils disent, les Arabes ;

Il écrit des vers fumeux

Il court vers le Lac Vert comme un crabe

On le comprend pas, ce fou pesteux

Il dit rien,

Un vrai Alsacien.

On lui insufflera le souffle de Yahweh dans ses narines

Il tombera par terre comme une vieille chaussette

Comme un berger, mazette !

Comme un Bourguignon ou un juif

Ou comme un Alsacien alternatif

Pas bien cuit, le juif

Le Danois sans esquif

chevalier sans paletot

L' Alsaco sans manteau

(M. Ch)

 

 

En 2017, j'ai fait la connaissance d'un chanteur à la voix magnifique. Il m'a demandé 2 textes. Les voilà. 

Les 2 chansons ont été enregistrées, mais jamais publiées : je m'étais disputé avec ce pachyderme énergumène.

 

Le grand Artiste hurle en silence.

(...) Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,

Le juste opposera le dédain à l'absence

Et ne répondra plus que par un froid silence

Au silence éternel de la divinité

(Alfred de VIGNY, 1862)

 

Le monde il est pas né

Le Ciel a fait une fausse couche

Et puis le juste il relève le menton

Il relève son col raide

Il avale son parapluie

Pis d'abord il boude, na

Et puisque Dieu ne dit rien

Il ne répond pas.

 

Mais Dieu parle, pourtant ! Non, il ne se tait pas

Tant d'hommes l'entendent ;

Des jeunes meurent avec sa Parole sur la tempe

Les gosses boivent de la soupe au cresson

En criant aux étoiles ;

Dieu appelle le vieillard qui meurt et l'enfant

Qui meurt aussi parce qu'Il ne peut s'en passer auprès de Lui.

Il parle par la voix d'Isabelle quand elle chuchote

Quand elle connaît dans l'instant présent l'éternité.

Dieu parle aux barbus et aux nattés :

Il leur hurle tu ne feras point tu puniras interdit de

Dieu aime qu'ils meurent dans leur cage translucide

Dieu aime les faire mourir.

 

Et puis tiens, Dieu parle dans la beauté

Dieu chante dans le bonheur

Dieu est là, espiègle, dans le vrai Amour

Et puis d'abord, Dieu est peintre.

Le grand Lao dit de l'artiste :

Qu'il produit sans s'approprier,

Son oeuvre n'est pas à lui :

Qu'il agit sans rien attendre

Comme un musicien sans ventre.

Qu'il est un aristo un peu dédaigneux ;

Son oeuvre accomplie, i ne s'y attache pas,

"Cette toile, c'est pas moi !!"

Et... Et puisqu'il ne s'y attache pas,

Eh bien, son oeuvre restera.

Dieu parle en images sepia,

Dieu est un chanteur d'opéra.

 

(M.Ch.)

 

 

 

    Après quelques mois d'un labeur dur et jouissif, je suis en train d'achever mon recueil de nouvelles sur le thème

                                                                 Vertus et Péchés capitaux

    Je me suis aperçu à cette occasion que le notion de Péché n'avait pus guère de sens aujourd'hui, en notre début de XXIe siècle. du moins pas vraiment de signification autre que, non pas exactement pragmatique, mais purement existentiel. D'un existentiel en quelque sorte enfoncé dans l'abîme d'une symbolique richissime - celle de notre Occident finissant - mais à la frontière dépassée de l'oubli et de l'inconscience infantile.

    Cher Lecteur, vous le comprendrez mieux en lisant ces nouvelles, dont l'action et la passion se déroulent un peu partout dans notre vieille Europe.  A bientôt pour ce grand voyage romanesque dans notre  gouffre moral !

Claude VIGEE est MORT... Gratitude profonde et immense respect pour ce grand poète juif alsacien, "donc deux fois juif et deux fois alsacien", comme il aimait à le dire.

On va avoir affaire à des "hommages" bien lourdingues de quelqu'un qui n'a pas lu et ne comprend pas l'essentiel et le noyau de son œuvre.

Soyons plus explicite. Dans quelques jours, quelqu'un va, comme il/elle le fait avec d'autres grands auteurs, exhiber une étiquette, ici l'étiquette "Claude Vigée" en lisant des œuvres certes intéressantes, mais secondaires de ce poète et essayiste.

Or, pour ce qui est de la poésie en alsacien, Claude VIGEE est l'un des deux ou trois poètes alsaciens vraiment géniaux (au sens strict du mot, bien sûr) du 20ème siècle. Il l'est dans Schwàrzi Sengessle flàckere im Wind et plus encore, dans Winterowefiir - plus accompli, plus long et plus difficile que le précédent, et pour ces raisons, peu lu, peu mentionné et encore moins commenté.

Eh bien : un hommage digne de ce nom et à la hauteur de cet auteur magnifiquement profond doit absolument consister en une lecture à voix haute, un commentaire et... une célébration de ces deux œuvres là.

S'il-vous-plaît, pour UNE MEMOIRE NON GNANGNAN et NON GUIGNOLESQUE DE CLAUDE VIGEE.

Ma Nouvelle la plus récente - lue et illustrée sur Youtube, comme les autres - porte sur la Luxure. Les précédentes traitent, d'une manière décalée et dans la perspective d'une véritable revisitation de ces très anciens thèmes, de la Gourmandise, de la Paresse, de la Colère, et de l'Avarice. leur trame se développe à chaque fois dans un lieu différent ; des lieux qui pour la plupart, m'ont été ou me sont chers : la Bourgogne, la Flandre, le Monténégro, la Crète, la côte languedocienne, la Slovaquie profonde, Strasbourg, l'Eifel. 

Le souci est principalement littéraire, et bien sûr, non directement moral et édifiant ! Mais par delà la spontanéité même de leur narration - j'ai écrit cette centaine de pages assez rapidement, en l'espace de quelques semaines - ces nouvelles recèlent pourtant presque nécessairement un contenu moral. Au lecteur de le dégager, ce contenu !   

La Veuve : son énigme.

 

C’est la nuit surtout que je m’active dans mon atelier..

Ce matin, je me suis aperçu que j’avais bien fichu en l’air tout un chapitre, comme je l’avais craint. Le chapitre d’un livre troublant.

Sur une page, tout en haut, une ligne. Il y est écrit :

 

et pourtant, elle ne demande qu’à vivre. Les fils des prostituées l’assaillent et tranchent net son avenir.

 

Ensuite, sur toute la page, rien de plus, jusqu’à la fin. Et au bas de cette page :

 

en effet, seule, et elle commençait à comprendre, grâce aux apprentis cordonniers

 

Une page de fichue, donc. Il va falloir que je m’y remette. Demain, demain. Je me suis assis sur le bord du lit ; j’ai regardé le portrait de ma Christina, suspendu juste au-dessus de moi. Elle porte une robe d’un bleu profond, très longue, couvrant ses pieds. Elle écrit dans un gros cahier, son carlin à sa gauche, gentiment posté là comme si le sens de sa vie se trouvait sur le tapis ocre, à côté de sa douce, de sa merveilleuse maîtresse. Christina porte une étrange coiffure : un peu bonnet d’âne, un peu cathédrale.

 

Force et douceur célestes… Comment l’oublier… Christina : elle est devenue veuve la même année qu’elle est devenue orpheline : son existence s’est décidée en quelques mois. A partir de là, elle a mélangé les encres, mêlé les teints de plus belle ; et elle a produit des ouvrages supraterrestres. Son horreur de la Fine Amor me fait rire aux éclats, aujourd’hui encore – mais elle prenait cela très au sérieux : elle pensait que, non, cet amour là, celui de la Rose, on n’y trouvait pas la Femme, ni même les femmes… Et jamais je n’ai osé la contredire.

 

Je me suis couché sur mon divan, près de mes caches et de mes plombs. Veuve, et puis orpheline… Au fond, ma Christina est devenue elle-même d’un coup, très vite. Elle a immédiatement compris tout ce que la vie exigeait d’elle et ce qu’elle même pouvait en exiger.

 

Je me suis endormi, rêvant de ses robes bleues, royales. Et de sa beauté céleste. Le Roi dans le Ciel… J’ai prié.

 

Et je me réveille en sursaut. « Fils de putes ! » D’horribles hurlements. « Laborieux galochards ! » beuglent d’autres en réponse. Des voix juvéniles de petites frappes, avec un fort accent allemand. Et ils cognent dur, ces tudesques, à en juger d’après le vacarme, en bas.

 

Demain, justement, je dois me rendre à Pizan pour y réparer la malfaçon de mon livre. Je suis imprimeur.

 

.

 

 

 

 

 

 

Mon article (dans le dernier numéro de la revue Land und Sproch) pour réhabiliter la mémoire de l'écrivain, poète et essayiste (1865-1929) né en Alsace et mort en Thuringe, auteur notamment du grand roman Oberlin. Et d'une foule d'œuvres variées dont les Wege nach Weimar en 5 volumes, une synthèse critique de la littérature du XIXe siècle. Où contrairement aux calomnies provenant de certains milieux, il réfute explicitement et de manière très articulée les thèses racistes de l'époque, celle surtout de Gobineau.

(Lu à Littér'Al, la société des Ecrivains d'Alsace et de Moselle, en février dernier)

Je venais de finir de rédiger une étude sur les grands stercoraires et leurs parasites, mon sujet politique préféré. Ma femme et ma fille sortaient pour leur cours de savate. A ce moment, j'ai entendu des craquements au-dessus de ma tête, dans les charpentes de la mansarde que je tentais d'habiter. Cela gambadait, et en somme, cela grignotait furieusement. Un écureuil, ou un loir, ai-je pensé. Cr j'avais l'esprit poétiquement disposé. Un loir, sûrement, qui s'était réfugié dans les toits à partir des branches de l' arbre.

Mais j'ai dû me rendre à l'évidence quand j'ai vu filer quelque chose au beau milieu de ma symbolique cuisine. C'était un rat, un énorme rat. Il allait tout me dévorer, et moi avec le reste, du moins mes orteils et mes oreilles, la nuit ! Je me suis donc résolu à m'en débarrasser. D'abord, j'ai joué une gavotte de Rameau sur mon clavecin, puis la Friponne de Marin Marais. J'espérais qu'il fuirait. Mais non : Rodolphe aimait la musique ; il s'approchait bien plutôt de l'auguste instrument, et je m'attendais à le voir battre la mesure...

Que faire ? J'ai passé un enregistrement de Marion Le Pen au dernier rassemblement des philatélistes de la Vraie France, pour l'effrayer. Mais ç'a été bien pire : Rodolphe est venu encore plus près, et il s'est dressé sur ses pattes arrière. J'ai vraiment cru qu'il allait danser. Il fallait trouver autre chose. 

Après trois jours, je me suis résolu à placer un piège devant l'ouverture qui donnait sur le toit. Un piège impressionnant. Quelques dizaines de minutes pus tard, j'ai entendu clac ! Puis couic ! L'animal dentu s'était pris la trappe en pleine nuque.

Le rat avait un pelage assez clair, très beau, très soyeux. J'ai eu envie de le caresser pour le consoler dans l'au-delà, pour son entrée au Paradis des Rats. Et plus encore quand j'ai vu ses yeux : de très grands yeux marron qui me fixaient, sans reproche ni douleur, l'air plutôt de vouloir me dire : eh bien, tu m'as vu ? Tu as vu ce que tu as fait ? Hein ? Hein ?

Je me suis retourné, le cœur en berne, et me suis installé à mon bureau pour y composer un Requiem des Rats, parce que j'aime bien que les choses soient à leur place. Le rangement de mon appartement en témoigne. Mais... J'ai sursauté : ça trottait et ça grignotait, là-haut, dans la charpente ! Eh bien ? Un fantôme ?!

Une demi-heure plus tard, j'ai entendu des pas : un rat un peu plus petit que le premier, avec de beaux yeux doux aux grands cils, s'est approché en se déhanchant gracieusement, suivi de très près par un rat encore plus petit et encore plus gracieux. La femme et le fils (ou la fille), sans aucun doute. Aïe ! Il y a donc tant de rats, dans mes charpentes ?  Mais comment leur expliquer la disparition du Papa moustachu ? J'étais bien embarrassé. Il fallait que je leur raconte une histoire ; mais j'étais trop honteux du crime que je venais de commettre. Je leur ai donc expliqué que Papa était parti chercher une agence immobilière pour un logement plus pratique et mieux pourvu en lardons et en choucroute. C'était parfaitement plausible, non ?

Et je me suis précipité à la Meinau, où grâce au conseiller municipal si gentil qui gouverne ce Royaume pittoresque, les rats avaient organisé un véritable Eldorado. Leur cacique et le conseiller municipal s'entendaient très bien ; ils pratiquaient ensemble le consensus à l'allemande.

J'ai posé une cage à lard ; et je n'ai pas tardé à attraper un superbe mâle, majestueux et musclé, très séduisant. Une sorte de Schwarzenegger au museau pointu. 

Je l'ai emmené et l'ai lâché sous les toits, chez moi. La ratte et le raton ont jubilé. Surtout la ratte. Voilà comment j'ai essayé de racheter mon crime. Que cette charmante petite famille dévore mes provisions, mes conduites électriques et ma tuyauterie ! Je l'ai bien mérité.

 

 

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